Bathory, la comtesse sanglante, Inquisitor Heresie.com


Erzsébet Bathory, la comtesse sanglante

Erzsébet arpente de sa beauté troublante les nuits glaciales de notre histoire et de nos légendes. Son seul nom suffit à inspirer l'épouvante et la mort, à griffer nos tympans. Pourtant, connaissons-nous sa véritable histoire ? Pourquoi ce maelström de violence, de meurtre et de sang ?

Heresie.com se devait de lever ce sombre voile sur Erzsébet Bathory, comtesse des supplices.

puce

« Depuis leurs origines, les Bathory se distinguent et forment un clan, d'un mysticisme qui traduisit la Bible jusqu'à une comtesse se baignant dans le sang. Tous étaient tarés, cruels et luxurieux, fantasques et courageux », écrit Valentine Penrose, seule biographe de la comtesse.

Famille princière de Transylvanie, descendance d'horreur dans une patrie où créatures de la nuit and vampires dansaient sur les cadavres des villageois.

Le nom Bathory est sans doute d'origine allemande. Le clan a trouvé son nom vers la fin du XIIIe siècle sous le règne de Ladislas IV, où un chevalier mérita pour sa bravoure le nom de Bator, soit « le courageux ».

De cette suite de portraits des Bathory se dégagent comme des émanations de folie. Les tares se transmettent : les Bathory souffrent de la goutte mais aussi d'un mal inconnu et étrange pour l'époque, l'épilepsie. Toute sa vie, Erzsébet se plaindra d'horribles maux de tête.

« Mon époux bien-aimé, je vous écris au sujet de mes enfants. Grâce à Dieu, ils vont bien, mais Orsik a mal aux yeux et Kato a mal aux dents. Je vais bien, mais j'ai mal à la tête et aux yeux aussi. »

Erzsébet, lors de la rédaction de cette lettre, n'est pas encore devenue un monstre ; elle n'a que 36 ans.

Généalogie

Étienne Bathory, nommé prince de Transylvanie en 1571, réussit à devenir roi de Pologne le 10 juillet 1575, marquant un règne de gloire et de conquêtes. Il réforma l'armée, créant la cavalerie polonaise pour contrer les attaques d'Ivan le Terrible, et mourut le 12 décembre 1586, emporté par l'épilepsie.

Un autre oncle, Istvan, illettré, menteur et faux monnayeur, finit ses jours dans le délire le plus total :

« Une folie telle qu'il prenait l'été pour l'hiver et se faisait alors voiturier en traîneau, comme par temps de neige sur des allées couvertes de sable blanc. »
Bathory

Gabor Bathory

Gabor Bathory, cousin d'Erzsébet, fut roi de Transylvanie en 1608 ; il se rendit célèbre pour ses débauches et son orgueil. Il commit l'inceste avec sa sœur Anna, dont il eut deux enfants qui moururent avant l'âge de 12 ans. Il mourut le 27 octobre 1613, tué soit par ses ennemis, soit par une foule vengeresse.

Un second Gabor se fit connaître pour ses crises de possession au cours desquelles il mordait. Klara, tante d'Erzsébet, était « cette folle qui prenait ses amants sur tous les chemins de Hongrie et jetait dans son lit les femmes de chambre », commente Valentine Penrose. Elle épuisa quatre maris et en assassina un en l'étouffant sous un oreiller. Vers la fin de sa vie, elle entretint un jeune homme à qui elle offrit un beau château, mais un pacha fit rôtir le profiteur à la broche ; quant à Klara, violée par une garnison, elle fut poignardée pour abréger ses souffrances.

Enfin, signalons Andreas, le cousin d'Étienne, qui fut tué à coups de hache au sommet d'un glacier. Erzsébet est issue d'un mariage consanguin : Anna, sa mère et sœur d'Étienne Bathory, épousa son cousin György Bathory, dont elle eut quatre enfants : Istvan (un fou sadique), Erzsébet, et deux autres filles, Sophie et Claire.

L'époque

Famine et peste régnaient en maîtres, le péril turc était omniprésent et la Hongrie servait de grenier pillable à loisir. Les paysans ne pouvaient aller travailler dans les champs qu'avec l'épée au côté et leurs chevaux sellés pour s'enfuir en cas de nécessité.

La guerre faisait rage : lors d'une défaite hongroise, Soliman tint son divan sous une tente rouge où deux mille têtes coupées servaient de trophées ; on y trouvait des têtes d'évêques et de riches seigneurs, mais celle du roi manquait, retrouvée plus tard dans un marais.

La sorcellerie était omniprésente, car elle est la fille de la crainte et de la misère. Elle trouvait en ce chaos les forces nécessaires pour grandir, prospérer et étendre les monstrueux tentacules de la superstition et de la folie.

Erzsébet Bathory

Elle naquit en 1560. Sa jeunesse s'écoula dans de sombres châteaux battus par les vents d'hiver. La mélancolie et la mort furent ses compagnes de jeu. Le danger turc préoccupons constamment ; parvenaient sans cesse les échos des cris des victimes, les reines et favoris étant décapités ou assassinés. Les forces de la mort tournoyaient comme une brume dévorante sur l'ensemble du pays.

Fiancée à 11 ans à Ferencz Nádasdy, issu d'une grande famille de Hongrie et né le 6 octobre 1555 — un redoutable combattant face aux Turcs qui mérita pour sa bravoure le titre de « Prince noir » —, elle fut élevée selon l'usage par sa future belle-mère, une femme pudibonde qui la priva de toutes les joies de l'enfance, l'assommant de saintes lectures et de prières.

Le mariage eut lieu quatre années plus tard, en mai 1575, unissant deux des plus puissantes familles du pays. Les jeunes mariés se fixèrent à Csejthe (aujourd'hui en Slovaquie), dans un château sombre et lugubre bâti sur une montagne désertique. C'est là qu'Erzsébet passera la plus grande partie de son existence tandis que son époux guerroie. Elle s'ennuie, seule, abandonnée, errant parmi les longs couloirs humides et noirs du château.

Chateau de Csejthe

Ruines du château de Csejthe

Trompa-t-elle son mari ? Sans doute. Lors de son procès, son lesbianisme fut mis au grand jour, et Valentine Penrose fait allusion à une femme mystérieuse, initiatrice aux amours ancillaires.

Les premières manifestations de sa cruauté se manifestèrent du vivant même de son mari : une parente de ce dernier fut dévêtue, enduite de miel et abandonnée un jour et une nuit dans le jardin pour que les insectes la piquant, constituant l'une des punitions favorites d'Erzsébet.

En 1579, sa belle-mère meurt ; c'est de cette époque que date le seul portrait connu, aujourd'hui disparu, de la comtesse. Lorsqu'elle se rendait plusieurs fois à Vienne, le surnom de Blutgräfin (la comtesse sanglante) circulait déjà. On racontait des histoires de sang coulant dans la capitale et de cris de jeunes filles assassinées.

Vers la fin du XVIe siècle, le couple acquit une vieille bâtisse supplémentaire, et son sadisme ne connut alors plus de bornes. La nuit se gonflait de hurlements et, chaque matin, Ilona et Dorko (ses aides) jetaient dans la rigole des baquets d'eau rougie. C'est aussi dans cette maison qu'il fallait verser des cendres tout autour de son lit, car les flaques de sang dans sa chambre étaient si vastes qu'elle ne pouvait les franchir pour aller s'étendre, comme le note Valentine Penrose, confirmée par les aveux d'Ilona. Même en son palais de Vienne, la comtesse cherchait un recoin abrité pour ses tortures, obligeant à de constants lavages de murs et de planchers.

Ces séjours dans la bâtisse de l'horreur furent exceptionnels. Trois enfants naquirent néanmoins, et elle sut toujours rester une mère aimante et attentive. Les années passèrent : contre l'ennui et contre le temps qui fuyait, Erzsébet voulait rester jeune et belle. À cinquante ans, aux dires des témoins, elle affichait un aspect de jeunesse presque effrayant, caractérisé par une pâleur laiteuse qui fascinait autant qu'elle épouvantait.

Le 4 janvier 1604, son époux meurt ; Erzsébet se retrouve veuve et désormais seule. Dès lors, elle se montrera impitoyable, cette situation lui apportant des forces nouvelles. Ses complices redoublèrent d'efforts pour lui amener d'autres victimes en échange de nourriture ou de récompenses, recrutant de pauvres jeunes filles au sein des villages pour les livrer à l'ogresse. La rumeur enflait, hurlait : trop de filles disparaissaient.

À Noël 1610, des personnalités demandèrent l'hospitalité à Erzsébet, parmi lesquelles l'empereur d'Autriche et le palatin György Thurzó, venu en quête de vérité pour enquêter sur les bruits qui couraient. Vienne l'autorisant enfin à procéder à une perquisition, la fouille s'avéra accablante : du sang, des corps, l'horreur pure.

Dans une cellule, du bétail humain attendait les prochaines séances de massacre ; les malheureuses avouèrent avoir avalé la chair grillée de leurs compagnes décédées pour toute nourriture. On découvrit dans ses appartements des pentacles, tout un attirail de messes impies ainsi que des escaliers secrets menant à des cachots et à une salle de torture.

György Thurzó

György Thurzó

La sentence prononcée par Thurzó fut mesurée par égards pour son rang :

« Erzsébet, tu es comme une bête. Tu vis tes derniers mois. Tu ne mérites pas de respirer l'air de cette terre, ni de voir la lumière de Dieu ; tu n'es plus digne non plus d'appartenir à la société humaine. Tu vas disparaître de ce monde et tu n'y rentreras jamais, les ténèbres t'entoureront. Je te condamne à la prison éternelle dans ton propre château. »

L'affaire fut d'abord occultée pour préserver l'intérêt des descendants et la réputation de la puissante maison Bathory, bien que le roi n'approuvât pas cette clémence. Le procès officiel se déroula à Bicske entre les 2 et 7 janvier 1611 :

« Attendu que ses complices étaient Ficzko, Jó Ilona et Dorko, et que ces crimes demandent châtiment, nous avons décidé qu'à Jó Ilona, puis à Dora Szentes, les doigts seront arrachés par les pinces du bourreau ; elles seront ensuite jetées vivantes dans le feu. Ficzko, vu son âge, eut droit à une peine plus modérée : il sera décapité avant que son corps ne soit jeté au feu. »

Le roi exigea l'exécution d'Erzsébet, mais Thurzó se retrancha de nouveau derrière la grandeur des familles abritées derrière le nom des Bathory. Enfin, en avril, sous la pression de la cour royale, la sentence de prison perpétuelle fut confirmée. Erzsébet fut emmurée vivante : des maçons bouchèrent les fenêtres, ne laissant qu'une simple ouverture de quelques centimètres carrés pour l'air et la nourriture.

Durant trois ans et demi, elle vécut ainsi dans cette lugubre lueur de puits. Elle mourut le 21 août 1614. Deux témoins attestèrent de sa mort : une nouvelle recrue mise de garde, curieuse d'apercevoir cette goule qu'on disait d'une si grande beauté, jeta un coup d'œil par l'ouverture et la découvrit allongée face contre terre, immobile.

Notice Historique & Réalité du Mythe

L'affaire Erzsébet Báthory (1560-1614) demeure l'un des plus grands dossiers criminels et légendaires de l'Europe centrale. Au-delà du mythe vampirique popularisé par la suite (notamment en raison de l'utilisation prétendue de sang de jeunes vierges pour préserver sa jeunesse), les historiens modernes tendent à y voir un complot politico-financier ourdi par la Couronne de Hongrie et le palatin György Thurzó.

La famille Báthory possédait des immenses richesses foncières et des créances que la monarchie des Habsbourg, lourdement endettée par les guerres contre les Ottomans, convoitait ardemment. L'emprisonnement à vie d'Erzsébet sans procès public régulier permit ainsi de confisquer ses biens immenses tout en évitant un scandale d'état trop retentissant pour la haute aristocratie.

Bibliographie & Sources

  • Penrose, ValentineErzsébet Báthory, la Comtesse sanglante, Mercure de France, 1962.
  • Crafts, McNally RaymondDracula Was a Woman: In Search of the Blood Countess of Transylvania, McGraw-Hill, 1983.
  • Thurzó, GyörgyActes du procès et correspondances officielles, Archives nationales de Budapest, 1610-1611.
  • Báthory, Gábor ; Radu FlorescuIn Search of Frankenstein, New York Graphic Society, 1975.

Vidéos et Conférences Associées

La Comtesse Sanglante : Erzsébet Báthory et la Hongrie Féodale

Une plongée immersive au cœur de la Hongrie féodale du XVIIe siècle, explorant le contexte historique impitoyable, lourd de guerres contre les Turcs et de superstitions, qui a vu naître et évoluer la sombre légende d'Erzsébet Báthory à travers l'analyse de l'œuvre de Valentine Penrose.

La Comtesse Sanglante dévoilée (Tony Thorne)

Analyse critique des sources primaires et des archives du procès de 1610-1611. Cette vidéo s'attache à démêler le vrai du faux entre les atrocités documentées, l'ambiance de violence endémique de l'époque et les soupçons d'un complot politique orchestré pour s'emparer de la fortune des Báthory.

L'énigme des Vampires : Mythes, Histoire et Symboles (Jean Markale)

Exploration philosophique et symbolique du mythe vampirique au-delà des clichés du cinéma. En s'appuyant sur l'analyse de Jean Markale, la vidéo décrypte la structure mentale de l'incomplétude humaine, distinguant les faits criminels historiques des archétypes universels du sang et de l'énergie vitale.